L’HISTOIRE DU TELEPIF POSTER (3/3)

L’HISTOIRE DU TELEPIF POSTER (3/3)

Pif  » privée » de TV !

Encore un jeu de mots pour expliquer que cette troisième partie, conclusion de notre dossier va tenter de relier la mutation de la télévision française avec l’inévitable fin du Télépif poster. Car Pif va subir 2 petites claques sur le museau qui vont profondément impacter l’avenir du supplément mais aussi du magazine en lui-même.

3-A: LE CAS DOROTHEE

Pif et Dorothée, c’est une longue histoire d’amour. Enfin si on veut être honnête, c’est une longue histoire entre le département Emission Jeunesse d’Antenne 2 et le journal.

Jacqueline Joubert, la responsable de cette entité chez Antenne 2 voit en Dorothée une idole jeunesse idéale dont il est important de construire l’image puis la carrière. Quand Récré A2 devient une émission phare grâce à Goldorak et autres premiers animé japonais, la présentatrice sort carrément de la lucarne où elle chantait timidement pour bercer les enfants, pour devenir la présentatrice star des enfants et…( attention à ce que vous allez lire, il faut le garder dans le contexte!) chanteuse sous contrainte qui commence avec la société AB dès 1980 avec deux albums qui ne font qu’étendre commercialement sont rôle de nounou télévisuelle. A savoir un 1er album qui est un conte chanté « aux pays des chansons » et un deuxième qui est une compilation de génériques de dessins animés chantés par Dorothée.

Pourquoi je vous parle de ça me direz-vous? Et bien c’est crucial pour la suite…

Dorothée est donc une égérie mais qui doit en tant que telle remplir quelques obligations. AB pilote pour le moment son parcours de chanteuse et Jacqueline Joubert son image télévisuelle.

Présente régulièrement dans les 2 stars des kiosques que sont PIF et Mickey, Dorothée à partir de 1985 va devoir honorer de sa présence beaucoup plus PIF GADGET, car le deal « TRUFFES D’OR » ( opération commerciale détaillé dans la partie 1 de ce dossier) lie le département Jeunesse d’Antenne 2 au magazine.

Des apparitions, Dorothée en avait déjà fait plein dans le magazine, et en 1984, la première session des truffes d’or ne la montre pas. Alors pourquoi à partir de 1985-1987, Dorothée doit elle autant prêter son image au magazine ? La réponse est simple : KAREN CHERYL !

Et oui, sur TF1, on a misé sur Karen Cheryl pour présenter les émissions jeunesse ( VITAMINES) et puisque Dorothée doit renforcer son image, Pif sera un des leviers:

Présentation de Gadgets, présence dans les numéros anniversaires ( 842/1000 par exemple), opérations de solidarité (871), Truffes d’or…Dorothée est partout là où Karen Cheryl est nulle part.

« Une sélection d’apparitions  » marketées » de Dorothée dans Pif entre 86 et 87« 

« Et puis arrive le chant du cygne avec les numéros 940 à 943 puis du numéro 945 à 948  »

Ces deux séries de numéros méritent qu’on s’y attardent un peu.

La première est une série de gadgets présentés par Dorothée et Jacky alors que lui même est parti sur TF1 présenter le JACKY SHOW et reprendre l’animation de VITAMINES depuis 1 an et l’autre est toujours sur ANTENNE 2 en charge de RécréA2.

Cette séance était censé promouvoir bien plus tard dans PIF leur retrouvailles sur TF1 ( c’était déjà signé, Dorothée savait qu’elle partait) mais AB production a expressément demandé au journal de faire paraître l’opération avant l’opération CLIP PARADE, sous peine d’annulation du partenariat et comme pied de nez aux numéros suivants.

Car du numéro 945 au 948, est publié un concours sur 4 semaines annonçant Dorothée et…Récré A2 ( elle était ceci dit encore en poste).

« Les numéros à avoir si on veut les dernières apparitions de Dorothée« 

Pif n’a pas eu le choix, car perdre les 4 numéros avec Jacky et Dorothée ensemble c’était perdre de sacrés finances providentielles pour un journal déjà pas à l’aise économiquement.

Et AB , pendant ce temps là, annonce la couleur à des centaines de milliers d’enfants mais surtout avant qu’une quelconque information de transfert ne se répandent dans les médias.

« En aparté, expliquons que Dorothée part à la fois rejoindre entièrement AB pour devenir la directrice de leur unité Jeunesse, mais aussi parcequ’enfin libérée de son statut vitrine d’Antenne 2, AB lui promet désormais une émancipation lui permettant d’exprimer pleinement sa carrière de chanteuse, à travers albums personnels, tournées et mises en avant comme jamais auparavant. C’est le moment de sa vie où être une artiste reconnue, n’est plus à l’étroit derrière son rôle de présentatrice« 

Pourquoi tant parler de Dorothée, et toujours pas de la suite des aventures du TELEPIF ?

Parce que ce départ signe à la fois le début de la privatisation de TF1, de la reprise de son image, mais aussi de tout ce qui lui sera liée ( artistes, dessins animés, chansons etc..) car AB détient désormais l’entière exploitation de ce qui gravitera autout de son nom de scène.

Seul Corbier sera l’électron libre, rattrapé de justesse par Dorothée, à titre amical, mais en contrat à part, ce qui lui permettra encore d’apparaître quelques années dans PIF ( jusqu’en 90 avant de devoir signer définitivement chez AB) avec notamment ce fameux Pif poche où Corbier est dessiné dans une série de farces par le dessinateur des Radio Kids : CURD RIDEL:

Pour PIF GADGET, cela se traduit par l’impossibilité totale de publier une image de dessins animés diffusés dans le CLUB DOROTHEE, ni même une image de l’un des présentateurs de cette émission.

En gros, plus de couvertures, plus de posters, plus de grilles de programmes avec la citation d’un des dessins animés, car toutes ces méthodes sont des méthodes commerciales destinées à booster les ventes du magazine.

A l’heure où Dorothée et sa bande réalisaient des audiences records, avec plus de 80 heures d’antenne et des animés aussi célèbres et cultes désormais que Dragon Ball, Les Chevaliers du Zodiaque, Ken le survivant et autres Sentai type Bioman ou Spielvan, Pif ne pouvait absolument plus toucher du doigt à toutes ces licences. Même les truffes d’or en 1988 sont tentées sans aucun dessin animé appartenant à AB, ce qui paraît impensable et malhonnête car on sait bien que les enfants ne juraient que par TF1 en cette année. Ce sera d’ailleurs la raison pour laquelle il n’y aura plus de millésime les années suivantes.

Comment faire perdurer le Télépif dans ce contexte ?

Arrive alors la troisième mouture de ce supplément. Sa philosophie s’impose d’elle-même, car sans pouvoir parler de tout ce que fait AB, plus la peine de de proposer une grille de programmation…

Celle-ci sera remplacée par du contenu  » journalistique » qu’ion peut d’ailleurs estimer de qualité pour certains numéros et proche du néant pour d’autres…

Dans notre exemple en photos, on a au final une interview ( un document d’attaché de presse, avouons-le) d’ELSA, un focus sur les programmes de rentrée à venir, et un concours en partenariat avec FR3 et le « Thomas Pesquet » de l’époque, j’ai nommé Patrick Baudry !

Quant au poster, c’est une image capturée ( procédé toléré encore à l’époque sans trop devoir s’embarrasser avec les copyright) de PRINCE, alors très populaire dans le cadre de la BATMANIA qui sévissait avec la sortie du film éponyme de TIM BURTON:

Le papier utilisé est désormais mat, le poster de plus en plus petit et la volonté assumée est de proposer un petit magazine parlant de la télé. Ce qui en soit est sans doute le plus réussi en terme d’éditorial depuis la création du supplément. On regrette immédiatement l’absence de la grille de programmation un poil engagée que l’on aimait retrouver chaque semaine.

Coté « Posters », rien ne va plus et devoir proposer chaque semaine un poster attrayant sans tout ce qui passionnent les enfants dans le club dorothée, cela rend la tâche compliquée. Quelques stars emblématiques, du sport, des animaux avec parfois des photos floues, pas très belles…bref, ça sent le bricolage sans trop chercher à s’embêter avec les droits et copyrights.

La formule coûte cher, car il faut payer le contenu journalistique et la maquette de l’ensemble, et n’est plus du tout populaire car non seulement les enfants n’y trouvent plus leur compte niveau  » héros préférés » mais commencent aussi à loucher vers des loisirs d’un genre nouveau: les jeux vidéo !

AB m’a tuer ( faute volontaire 😉

Et puis dès 1989, AB production sort son propre magazine nommé « CLUB DOROTHEE MAGAZINE ». Celui-ci parlent chaque semaine des séries dont sont fous les enfants, abondent de posters et proposent même en BD ( une véritable arnaque, car de simples captures d’écran des dessins animés avec des bulles de dialogues assez crades rajoutées dessus avec un photoshop au rabais).

Il va même récupérer la formule des truffes d’or en créant un concours similaire intitulé « les CLUBS D’OR »

Ce magazine va tirer à plus de 150 000 exemplaires pendant que PIF arrive péniblement à entretenir les 50.000…

Impossible de lutter contre ce rouleau compresseur qui récupérera tous les 6-10 ans en kiosques de 1989 à 1995 !

Ce phénomène presse, plus les magazines de jeux vidéo… que restent-ils à faire si ce n’est survivre ?

« Franchement ? Quand tu étais bercé chaque semaine par les programmes du Club Dorothée, une fois en kiosque face à ça, à 8 ans ? Et bien tu oubliais l’existence de Pif Gadget »

3-B Survivre oui, mais à n’importe quel prix ?

Bon an mal an, et malgré tous ces contestes défavorables cela nous mène jusqu’au numéro 1087, qui clôture définitivement l’appellation Télépif… mais pas les posters !!

Même si ceux-là deviennent juste une double page la rédaction est conscient qu’ils restent un argument de vente mais surtout un prétexte à générer de l’argent en jouant avec les technologies du moment.

Et là, parlons franchement, la rédaction n’avait plus un soupçon de moral et le service commercial avait clairement décidé de faire du pognon sans aucune restriction ou valeurs. La survie imposant sans doute l’absence de toute moralité.

A partir du numéro 1088, apparaît un encart agrafé au centre de chaque numéro à venir nommé ALLO 36-15 PIF.

Le principe en est assez simple : en gros les lecteurs sont invités à poser leurs questions sur le 36 15 code PIF ou par téléphone au 16.1 40 16 00 72. Questions donc rémunératrices à destination des stars du moment, mais aussi (!) à des personnages fictifs !

Enfants naïfs à l’époque peut-être que nous pouvions y croire mais franchement avec un regard d’adultes, Pif pouvait transmettre nos questions à des stars comme Madonna? Mickael Jackson ? Astérix ???? ROGER RABITT ???!!!

Bien sûr que non, mais l’affaire reste juteuse:

Ces interviews fictives sont validées par les maisons de disques, éditeurs de BD, diffuseurs de films et sont considérées comme des publi-merciales ( jargon marketing censé croiser un peu d’éditorial au profit d’un contexte publicitaire). Le procédé est omnicanal car ils demandent aux enfants d’appeler des numéros payants pour lesquels le journal récupère des pourcentages sur les recettes engrangées, mais au profit d’articles orientés pour la plupart et prétextant une publicité que les annonceurs paient.

Pour illustrer, voici un exemple avec le numéro 1095 dédié à Astérix ( qui bien sûr, est sorti de ses planches pour parler avec PIF ;):

Photo 1: vraies questions payantes, fausses réponses gratuites

Photo 2: Un poster sans doute, une publicité, clairement !

Photo 3: Allez on va te soutirer un peu d’argent car Bugs Bunny veut te répondre. Quel chance tu as !

Et les posters sont le reflet que Pif n’en a plus rien à faire de faire du commerce avec n’importe quoi et n’importe comment !

Il ne peut pas utiliser Dragon Ball ? Tant pis Pif contournera cela dans le numéro 1091 en proposant un poster de la première figurine sorti en France en photo !

Olive et TOM commence sa diffusion sur TF1 ? Tant pis, Pif propose un poster dans le 1106 en y mettant une autorisation de la 5, chaîne qui le diffusait juste quelques mois auparavant !

On ne s’attardera pas trop sur cet encart, qui s’enfonce de semaine en semaine vers un prétexte commercial pour générer des fonds via les télécommunications payantes. On ne compte plus les 36-15 PIF, RAHAN, ou numéros de tel surfacturés qui inondent les pages du magazine, allant jusqu’à des messages presque nauséabonds ( comme cette page jeux dans la galerie suivante qui rend les concours payants) :

« Croyez le ou non, mais la galerie ci-dessus compile uniquement les publicités 36-15 d’un seul numéro ! ( le 1106) »

La conclusion ultime est atteinte lors du passage de  » ALLO 36-15 PIF » vers le PIF MATCH

Un simple encart publicitaire pour les télécommunications payantes des éditions VMS où de semaine en semaine c’est un bordel sans âme avec parfois un poster, parfois…un montage hasardeux d’images sans rapport avec le match et sans rapport avec grand chose d’ailleurs. Le Match, d’ailleurs, est aussi inutile que mercantile et je ne suis pas sûr que beaucoup de jeunes lecteurs se soient intéressé à ces comparatifs hasardeux ( Bruel contre Sardou ? Hulk contre Freddy?…) au point d’aller claquer 10 francs en minitel dans le dos des parents.

Pour illustrer cela, voici les scans du 1er numéro paru dans le PIF 1132 qui soyons franc, n’a plus de cohérence sauf d’essayer de caser tout, là où c’est possible:

Nous nous devons quand même de sauver l’honneur avec les tentatives durant cette période, de proposer des posters mettant en scène Pif et Hercule et dont voici 3 exemples :

CONCLUSION

Tenter de raconter la génèse du TELEPIF POSTER , c’est quelque part expliquer une part du déclin du magazine Pif Gadget. On y décèlent des choix, des contextes économiques, une évolution des loisirs des enfants, une réalité commerciale qui s’est durci avec le temps ( notamment avec la privatisation de TF1, véritable raz de marée pour les émissions jeunesse des chaînes concurrentes et pour la presse enfant dans son ensemble) qui ont chacun, chacune contribué à empêcher PIF de se renouveler et de surfer sur cette époque en mutation perpétuelle.

Ce supplément a connu un démarrage superbe et laissant entrevoir un marketing audacieux, efficace, en phase avec son temps. Pif gadget dans son ensemble l’était tout autant en 1984.

Puis le service publicitaire à joué sur de trop nombreux tableaux, rendant le magazine fragile et dépendant des tendances de cour de récré. Plus vraiment d’âme artistique, plus de nouveaux gadgets, Pif est devenu un tout marketing qui, lorsque de nouveaux médias sont apparus, déportant l’intérêt des enfants mais aussi des publicitaires vers d’autres terrains d’expression, n’a pas pu s’en remettre…

Le Télépif a donc suivi à travers son évolution, un parcours similaire et est passé d’un supplément culte, à une vulgaire feuille de pub…

Comme son écrin.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s