L’HISTOIRE DU TELEPIF POSTER ( 1/3)

L’HISTOIRE DU TELEPIF POSTER ( 1/3)

TELEPIF… qui croyait prendre !

Un sacré jeu de mots pour démarrer ce long dossier. Mais vous allez voir que l’histoire de ce fameux supplément TV à destination des lecteurs de PIF GADGET regorge d’infos sur sa génèse et sa fin progressive. Allez, prenez votre télécommande, zappez sur PASSION PIF et c’est parti !

1-DE TELEPOSTER à TELEPIF POSTER…

De nouvelles concurrences qui motivent un besoin de différence

Nous sommes en 1983. Les enfants qui ont entre 6 et 12 ans cette année-là sont des privilégiés. Ils découvrent la télé en couleurs et des émissions jeunesse qui fleurissent pour eux, avec en semaine une émission phare, j’ai nommé Récré A2 sur Antenne 2 , le mercredi, les visiteurs du mercredi sur TF1 et un Récré A2 d’après-midi et lors des vacances des émissions cultes qui pointent petit à petit le bout de leur nez comme Croques Vacances par exemple.

C’est depuis 5 ans, une évolution perpétuelle. Et si Goldorak depuis 1978 déchaîne les enfants, comme les audiences de ce genre de programmes, il est normal que d’années en années, chaque chaîne développe des heures de plus en plus importantes dédiées aux bambins.

Sans faire ici un inventaire complet ( préférez pour cela l’excellent site : les années Récré), qui aurait oublié sa joie de découvrir des dessins animés aussi mythiques que COBRA, COSMOCATS, TOM SAWYER, CANDY ETC…

Oui, vous les revoyez et là d’un coup tout revient et on a juste envie que la machine à remonter le temps existe !

Dans ce contexte, qui dit des heures en plus devant tout ces héros, dit des heures de moins devant un bouquin ( un peu le 1er cycle de ce qui aujourd’hui est la même pour la télévision au profit des heures passées sur les jeux vidéo et/ ou Internet)

Et Pif ( du moins sa direction commerciale) voit bien que le vent tourne. Déjà TELE PARADE ou TELE JUNIOR grapillent des ventes en affichant en gros sur leurs couvertures les nouveaux héros des enfants, en offrant des posters et des autocollants. Mickey lui fait le beau avec le carton de Disney Channel sur FR3 le samedi soir. Et PIF lui, se voit avec son gadget et ses héros maisons devenir un petit peu moins le pote des enfants. Ses ventes déclinent et on passe à cette époque de 300 000 exemplaires vendus en 1980 à 240 000 en 1983 (chiffres estimés quant aux tirages réalisés sur l’année 1983 et indiqués dans des documents d’archives)

En regardant ces couvertures, tu m’étonnes que les bambins que nous étions louchions sur ces couverture dans nos kiosques favoris ! Pif n’était plus l’attraction numéro 1

Pif Gadget a donc du souci à se faire avec cette satanée télévision et alors que déjà le Gadget devient, et la force et la faiblesse du magazine, ( il commence à coûter trop cher et paradoxalement s’il n’est plus, le magazine s’effondre) et l’heure est à la diversification des parutions pour récupérer d’un coté ce que le  » vaisseau Amiral » ( PIF GADGET était surnommé ainsi par L’Humanité) perd, et de l’autre engendrer une nouvelle typologie de lecteurs, et donc de nouvelles rentrées économiques.

Plusieurs exemples peuvent illustrer cette stratégie :

PIF FILLES / PIF SUPER GADGET/ PIF JEUX ET CASSE-TETE etc… ( oui chacune de ces revues auront bientôt leurs dossiers 😉

Et là où cela nous intéresse aujourd’hui c’est que PIF veut croquer aussi dans le business de la télé pour enfants. Est décidé alors la création d’un magazine qui s’appellera TELEPOSTER ! En gros, puisque PIF n’a pas de licences exploitables en télé, la rédaction va tout simplement tenter de proposer un programme TV dédié aux enfants avec pour attraction principale un Poster.

Oui j’ai bien dit un magazine car au début, rien n’est prévu pour que ce TELEPOSTER soit un supplément de Pif Gadget. C’est un magazine hebdomadaire prévu à 2,50 franc et dont des tests de captation sont réalisés en 1984.

TELEPOSTER a été testé dans certaines régions comme magazine à part entière et ce, pendant 6 semaines ( délai nécessaire à l’époque pour recenser et remonter des statistiques de ventes).

Un test de captation consistant à mettre en avant une nouvelle revue dans certaines régions tests avec achats d’espace type encarts A3 ou présentoirs pour la mettre en évidence et observer l’intérêt ou non des clients réguliers. En gros : « Tu venais chercher ton PIF, alors est-ce que si je te montre ça à coté tu vas l’acheter ? « 

Le test est un bide monumental et d’après Robert Andreucci ( ex directeur des publications VMS à cette époque), c’était couru d’avance, car les programmes pour la jeunesse figuraient dans les iconiques TELE STAR , TELE 7 JOURS et autres TELE POCHE donc, où PIF pouvait prétendre faire vendre un programme à son effigie ( très discrète) en plus du programme que les parents achetaient ?

Impossible aujourd’hui de mettre la main sur un de ces exemplaires tests, car n’étant pas soumis aux retours d’invendus, ils finissaient au pilon. Mais qui sait ? un jour peut-être…

TELEPOSTER est mort né…oui, mais Pif à plus d’un tour dans sa truffe !

Car si TELEPOSTER ne peut pas vivre en tant que magazine, il est clair que son ambition de faire de PIF GADGET, un relais malin et financier des programmes télé reste d’actualité.

Comment faire ?

Déjà, il faut être crédible. Et quand encore une fois vous êtes le terrain de jeu préférés des annonceurs pour les publicités de jouets ou de friandises mais que vous n’avez rien à proposer en licence télé, c’est pas si simple…

Terrain de jeu des annonceurs pour les jouets et les friandises ?

Voilà donc une aubaine pour en faire de même avec les diffuseurs ou les chaînes de télé, qui ont besoin dans un contexte ultra concurrentiel, de faire émerger leur  » offre jeunesse ». On entend par là, démontrer que les dessins animés sont bien meilleurs dans la crémerie 1 que la crémerie 2.

Le service marketing de PIF va alors redoubler d’imagination et proposer un concours aux enfants camouflant un véritable sondage d’opinion pour les chaînes de TV, leur permettant exposition et séduction ( via des prix énormes) à plus de 200 000 lecteurs et 4,5 millions de jeunes en France regardant leurs programmes à cette époque.

PIF lance donc les TRUFFES D’OR. Un fabuleux stratagème marketing qui lui permet pendant 4 semaines et pour la première fois, d’afficher des héros TV en couverture, de mettre des visuels dans ses pages et de faire gagner des prix en récoltant des tendances via ses lecteurs.

Le succès est tel qu’à la fois les ventes du magazine redécollent et que les diffuseurs voient dans le magazine un nouvel axe de promotion de leurs séries ( les truffes d’or dureront 4 années consécutives avant d’être anéanties par l’hégémonie d’AB productions en 89, mais nous y reviendrons dans un dossier dédiée aux TRUFFE D’OR)

Pif vient donc de créer sa légitimité dans le domaine des programmes jeunesse et ressort du tiroir son envie de parler TV toutes les semaines mais cette fois en adoptant directement la stratégie du supplément « offert »

TELEPOSTER OFFERT ? PUBLICITE D’ENFER !

Il faut donc faire savoir que désormais TELEPOSTER va être donné aux lecteurs mais aussi en informer les buralistes qui vont être acteurs ( pas longtemps) de la réussite de ce supplément car c’est eux qui vont le donner aux enfants quand ils passeront leurs Pifs en caisse.

Pour cela Pif propose une double information. La première à l’attention des lecteurs via un supplément volant donné dans le numéro 931( trouvable uniquement dans des PIFS encore sous cellophane ) qui contenait au passage une maquette de navette spatiale extrêmement fragile . Ce supplément est devenu rare mais en voici les photos rien que pour vous !!!

Le 831 nous présente PIF, fier défenseur d’une injustice : il est temps d’offrir aux enfants un programme TV personnalisé

On le voit donc sur la dernière photo, il faut réclamer ce supplément à son buraliste, sinon il y a de grandes chances que ça vous passe sous le nez. Et lui le buraliste ? comment il sait qu’il faut offrir ce supplément ?

Car attention…il y a anguille sous roche dans cette affaire.

Pif vaut 9 francs jusqu’au numéro 931 et « t’offre » pour 1 franc de plus ( sympa la notion de gratuit chez PIF ) le supplément Télé poster .

Sauf que même si ton buraliste te le donne pas, tu paieras 10 francs ton magazine. Il y a donc risque de mécontentement et de confusion car non, tu ne peux pas payer 9 francs si tu ne prends pas le supplément.

« Voilà ce que tu devais recevoir en achetant PIF GADGET un beau matin du 5 mars 1985 »

Alors pour éviter les drames, les pleurs ou les parents mécontents, les buralistes ont eu la chance eux, de recevoir un numéro 0 de télé poster.

Un numéro qui explique ce qu’est ce fameux supplément, pourquoi il faudra le donner et proposant un poster d’Indiana Jones ( prévu dans l’ancienne version TELEPOSTER qui devait se vendre seule). Ce qui est dingue avec ce numéro 0 c’est que moi-même enfant, mon buraliste me l’a offert et j’en ai 1 souvenir très net. Depuis je l’ai évidemment pas gardé, avec regrets.

Mais grâce à Laurent Barraud, collectionneur qui compte dans le cercle étroit des archivistes de PIF, voici les visuels de ce numéro 0, et qui illustre totalement la démarche dont je vous parlais vis-à-vis des buralistes:

Je rajouterai à cet extrait qu’en effet ce numéro 0 a été créé avec des grilles de programmes datant du fameux test fait pour l’hypothétique sortie de télé poster en tant que revue à part entière.

« Mais pourquoi ce supplément à part dans un premier temps et sous le nom TELE POSTER ?« 

Du numéro 832 au 846, le télé poster est un supplément à part et la raison en est simple. Quand les éditions VMS ont voulu créer ce magazine ( avec l’échec expliqué ci-avant) ils ont déposé une commission paritaire ( en gros, de quoi être éligible à des aides et des réductions fiscales sur une parution journalistique). Celle-ci ayant démarré en juin 1984, il convient d’en exploiter un temps soit peu les avantages.

Pour cela, le supplément doit être dans une vie hors de celle de PIF GADGET au niveau de sa distribution et garder son nom sous lequel il a obtenu sa commission.

Oui mais, il reste un supplément soumis à l’achat de PIF GADGET et cela va vite se voir. On ne joue pas avec le fisc. Une fois la première année écoulée, la commission obtenue est dénoncée et ne peut plus servir ce modèle économique.

« Donc, à part pour les tirages abonnés, oui, les télé posters entre le numéro 832 et 846 sont forcément à part« 

« Le numéro 846, dernier sorti avec le logo TELEPOSTER . Bien que sous cello, le Téléposter est encore non intégré« 

Dès le numéro 847, les choses changent et TELEPOSTER devient TELEPIF POSTER, supplément toujours détaché du magazine mais cette fois systématiquement sous cellophane avec le magazine. Excepté pour les exemplaires diffusés en île de France.

Affranchi de la commission paritaire et détenteur d’une recette qui gagne, le supplément intègre donc le nom de PIF dans son titre. Il est enfin aussi une part entière du magazine et draine du coup de nombreux annonceurs qui voient en ce support une excellente occasion d’y faire de la publicité pour des jouets issus de dessins animés ( voir l’article sur la franchise Blackstar pour illustrer ce phénomène)

Et cette cohérence commerciale va booster les ventes. La période du 847 au 874 est considérée comme l’apogée du TELEPIF. Avec entres autres des partenariats commerciaux donnant lieu à des posters mythiques :

( Jayce et les Conquérants de la lumière, Blackstar, Transformers, les GOONIES, les Mondes Engloutis, la sélection des truffes d’or 85 sont les télé Pifs posters les plus recherchés et se monnayent parfois à plus de 15 euros pièce.)

Puis, arrive le numéro 875, reflet d’une réalité économique difficile pour PIF GADGET…..

Mais avant de s’y intéresser et pour conclure ce chapitre TELEPOSTER/TELEPIF POSTER, regardons un peu en photos ce qu’on y trouvait dans ce supplément désormais mythique….

Photo 1 : Fête du jour, une information historique souvent très bien choisie

Photo 2 : Nos programmes cultes. Pas au point de louper une réunion entre copains mais les jours de pluie…indispensable

Photo 3 : Un billet d’humeur par jour, avec Pif ou Hercule. L’occasion de dessins sympas

Photo 4 : Une sélection parfois louche pour nos âges…

Photo 5 : 1 poster parfois devenu mythique et qu’on étaient fiers d’accrocher dans nos chambres

Voilà, cette première partie s’achève et si vous vouliez tout savoir sur l’origine de TELEPIF POSTER, ce chapitre a dû vous plaire !

Mais il reste une deuxième partie tout aussi passionnante racontant la lente agonie de ce supplément mythique et vous savez quoi ? Elle vous sera conté dans 10 petits jours !

En attendant, n’hésitez pas à laisser vos commentaires, à liker si vous avez aimé car évidemment vos avis m’intéressent et me motivent.

5 réflexions sur “L’HISTOIRE DU TELEPIF POSTER ( 1/3)

  1. Deux choses auront tué Pif Gadget. La première, c’est la télé, dès 1978 avec Goldorak puis toute l’offre des dessins animés japonais. Et la seconde, ce seront les jeux vidéo fin des années 80.

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    1. Non Goldorak et le phénomène dessins animés japonais a au contraire rebooster Pif dès 1984. C’est ce que je tente d’expliquer dans la partie 1 du dossier. Mais les mauvais choix de la rédaction et en effet l’essor du jeux vidéo en plus du dictat d’AB, n’ont jamais pu être contre attaqués par une rédaction sans argent.

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